NJ Ayuk, puissant influenceur africain du pétrole

Avocat, facilitateur de transactions, entrepreneur et organisateur d’événements… Sur tous les fronts, le directeur exécutif de la Chambre africaine de l’énergie s’est forgé une notoriété au fil des succès et des polémiques. Il s’impose comme l’un des porte-voix de la diplomatie énergétique du continent.

« Visionnaire », « incontournable », « fascinant » mais aussi « climatosceptique », « tyran », « controversé »… Porte-voix de la diplomatie énergétique africaine, NJ Martin MBA Ayuk, plus connu sous le nom de NJ Ayuk, est une personnalité clivante. À l’égard du directeur exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, le déluge de mots est la règle avec des appréciations qui varient de l’éloge à la diatribe. Mais l’avocat camerounais de 45 ans l’assure : « Je ne veux pas être aimé, je préfère être juste ».

Spécialiste des dossiers pétroliers, en conseil comme en contentieux, NJ Ayuk s’est imposé comme un interlocuteur de premier plan du secteur. D’abord avec CLG (anciennement Centurion Law Group), cabinet de conseil juridique panafricain spécialisé dans les secteurs pétrolier et gazier lancé en 2009, puis avec la Chambre africaine de l’énergie fondée en 2018. Dans ce cadre, il organise, depuis 2021 au Cap, l’African Energy Week (AEW) qui revendique le statut de plus grande conférence de l’énergie en Afrique, avec 12 000 participants en 2025.

Courtier d’opportunités
Raout annuel des acteurs pétroliers africains et internationaux, l’AEW connecte les dirigeants publics locaux aux cadres des majors des hydrocarbures occidentales et aux investisseurs privés afin de promouvoir les investissements dans les projets énergétiques sur le continent. La Chambre africaine de l’énergie, qui s’attribue environ 15 milliards de dollars de projets lancés notamment au Congo, au Nigeria et en Guinée équatoriale lors de l’édition 2025, vise un objectif de 20 milliards de dollars cette année.

NJ est un personnage fascinant. Il est passé du barreau au monde des affaires avec habileté. Il est devenu un redoutable businessman.
Un avocat d’affaires

Conseillé par Benoît de La Fouchardière, ancien PDG de Perenco, Jude Kearney, avocat américain associé gérant du cabinet Asafo & Co, ou encore René Awambeng, ancien d’Afreximbank, NJ Ayuk s’appuie aussi sur ses connexions avec Afreximbank, la Chambre américaine de l’énergie, Carlyle et Blackstone. Sans oublier ses liens avec Claudio Descalzi, le PDG d’Eni, Mike Sangster, le patron Afrique de TotalEnergies, ou encore Meg O’Neill, passée de Woodside à BP.

Le fondateur de l’AEW entend renforcer la dynamique avec des événements annexes à Dakar, Brazzaville, Accra mais aussi à Houston, Dubaï et Paris. Ces rendez vous de second rang sont organisés par Energy Capital & Power (ECP), une plateforme panafricaine d’investissement dans le secteur de l’énergie co-fondée par sa femme, Kelly-Ann Ayuk. « NJ est un personnage  fascinant. Il est passé du barreau au monde des affaires avec habileté. Il est devenu un redoutable businessman », témoigne un avocat d’affaires.

L’intéressé affirme être porté une conviction, celle de « sortir le continent de la pauvreté énergétique en réunissant tout le monde autour de la table ». Si l’ambition est louable, l’équation économique est gagnante. En effet, l’entrepreneur a réussi à bâtir une synergie entre la Chambre africaine de l’énergie, Energy Capital & Power et CLG ( dont NJ Ayuk n’est plus PDG depuis décembre 2023) : la première organise les événements majeurs, la deuxième attire les investisseurs tandis que la dernière assure le suivi des transactions et des projets signés.

Après une carrière d’avocat et de consultant, le désormais lobbyiste consolide ainsi un écosystème qui mêle conseil, financement et événements sectoriels. « Le capitalisme et le libre marché sont une réalité. Nous devons être rentables pour rémunérer nos collaborateurs. Mais, la cause est plus grande que nos intérêts personnels : il s’agit de l’avenir de l’Afrique », défend le patron de la Chambre africaine de l’énergie face à ses détracteurs qui l’accusent de faire des affaires sous couvert de rhétorique militante.

Habitué aux controverses, le lobbyiste en chef de l’or noir africain se dit fier d’avoir hissé l’AEW au rang de « premier événement énergétique en Afrique », digne des grands rendez-vous mondiaux de l’énergie comme CERAWeek à Houston, et ADIPEC à Abou Dhabi. Pour en arriver là, le fondateur de CLG a mené une guerre ouverte contre le groupe londonien d’événementiel Hyve, organisateur de la conférence rivale et historique, Africa Oil Week (AOW), et avec lequel la Chambre africaine de l’énergie a collaboré par le passé.

Guerre ouverte avec Hyve

La discorde entre les deux parties est née en marge de la crise sanitaire du Covid-19 lorsque Hyve a délocalisé l’édition 2021 de l’AOW du Cap à Dubaï. « Il y avait d’autres villes africaines capables d’organiser l’événement mais le choix de Dubaï illustre une habitude, celle de prendre, depuis Londres, des décisions concernant l’Afrique sans tenir compte des sensibilités africaines », peste encore aujourd’hui le directeur exécutif de la Chambre africaine de l’énergie qui décide alors de lancer l’African Energy Week afin de maintenir un événement au Cap.

Ceux qui ont pollué doivent réparer. Ils promettent 100 milliards de
dollars par an depuis 15 ans. Où est l’argent ? S’ils ne peuvent pas
nous aider, qu’ils nous laissent développer nos ressources pour sortir
de la pauvreté.
NJ Ayuk

Soutenu par le ministre sud-africain de l’Énergie, Gwede Mantashe, et Benedict Oramah, alors à la tête d’Afreximbank, NJ Ayuk sollicite les patrons des géants pétroliers et fait la tournée des ministères africains pour les convaincre de tourner le dos à l’Africa Oil Week et de rallier son évènement. « Nous défendons fermement l’industrie africaine des énergies fossiles et l’Africa Oil Week servait une vision occidentale de l’énergie imposée à l’Afrique. Je suis heureux qu’il ait disparu », se réjouit le Camerounais… Même si l’Africa Oil Week a toujours lieu comme en 2025, à Accra, où la rencontre a attiré 1 200 participants.

Reste que la controverse ne porte pas seulement sur sa façon de mener à bien ses affaires. Fervent défenseur du forage pétrolier et gazier, embrassant le slogan du président américain Donald Trump « Drill, baby, drill » (Fore, bébé, fore), le directeur exécutif de la Chambre africaine de l’énergie collectionne les polémiques avec les organisations environnementales. En 2024 comme en 2025, AEW a ainsi été la cible des militants écologistes.

Responsable de la campagne pétrole et gaz de Greenpeace Afrique, Sherelee Odayar contestait « l’un des rassemblements les plus scandaleux des profiteurs des énergies fossiles avec les plus grands pollueurs ».

Pas de quoi ébranler NJ Ayuk. « Oui, je suis une figure controversée mais on ne peut pas faire ce travail sans l’être », rétorquet-il. En réponse aux accusations de climatoscepticisme, il reprend la position défendue par les négociateurs africains lors des dernières COP : « Ceux qui ont pollué doivent réparer. Ils promettent 100 milliards de dollars par an depuis 15 ans. Où est l’argent ? S’ils ne peuvent pas nous aider, qu’ils nous laissent développer nos ressources pour sortir de la pauvreté », lâche-t-il.

Le rêve américain

Si le président de la Chambre africaine de l’énergie est devenu une figure incontournable de l’écosystème continental, rien n’augurait d’un tel parcours. Adolescent, il rêvait de devenir avocat spécialisé dans les droits civiques pour

« lutter contre les inégalités ». Après avoir intégré la Presbyterian Church School, où il peut vivre sa foi, le natif de Mamfé, au Cameroun, s’envole pour les États-Unis. À 18 ans, il découvre la liberté, le fonctionnement des marchés et une manière différente de penser.

Alors étudiant à la faculté de droit, au William Mitchell College of Law dans le Minnesota, il rencontre John Ratson, ancien conseiller juridique adjoint de la CIA, qui va devenir un mentor. Le jeune NJ se rapproche aussi de James Brown, le parrain de la soul music, ou du rappeur Ja Rule, de l’auteur et conférencier afro-américain Ron Walters, rencontre le futur président Barack Obama et Kees Lawal, une figure influente dans le monde des affaires pétrolières et financières.

Impressionné sans être déstabilisé, ce fils d’enseignants reste attaché à la rigueur, au mérite et à l’apprentissage. Il préside l’Association des étudiants en droit, organise des événements culturels et décroche son « juris doctor », sésame pour accéder aux professions juridiques. « J’ai toujours voulu avoir une voix, explique-t-il. Cette aventure m’a permis de comprendre les réalités de mon nouveau pays, de rassembler les gens mais aussi de trouver ma place.»

Admirateur de Trump et de Poutine

De retour sur le continent dans le cadre d’une mission avec les Nations unies au Darfour, il réalise que le Soudan, comme tant de pays du continent, se heurte à un défi de taille : l’accès à l’énergie. Il décide alors de retourner au New York Institute of Technology pour préparer un MBA en finance et stratégie. C’est dans la foulée qu’il va lancer Centurion Law Group (CLG), qui  connaît un fort développement jusqu’à aujourd’hui.

Certains diront que je suis un tyran ou un dictateur, j’assume.
NJ Ayuk

« Aujourd’hui, notre objectif est de faire venir Donald Trump à l’African Energy Week et de diffuser l’événement sur Netflix. Tout le monde regarderait et ce serait exceptionnel », expose-t-il avec conviction. NJ Ayuk ne cache pas sa sympathie pour le président américain, « disruptif et révolutionnaire », mais aussi pour le président russe Vladimir Poutine, «tenace et persévérant ». Résultat, il mise à la fois sur le lobbyiste américain, Robert Stryk, et l’ingénieur russe, Stepan Khromov, passé par Gazprom, pour
renforcer ses liens avec Washington et Moscou.

Comment réussit-il à fédérer ses équipes autour de ses projets ? « Avec NJ, tu ne sais pas vraiment à quoi t’attendre. Il peut être bienveillant et compréhensif mais aussi colérique et impulsif», regrette un proche collaborateur. Un témoignage que ne balaie pas l’avocat camerounais. « Certains diront que je suis un tyran ou un dictateur, j’assume. Je viens du monde des affaires qui exige de la dureté. Je travaille 14 à 16 heures par jour, je dors peu, je voyage constamment. Il faut parfois être collaboratif, parfois
trancher. Je n’ai pas peur de prendre des décisions difficiles. Si cela se solde par un échec, alors j’en assume l’entière responsabilité », assure-t-il.

Maher Hajbi
Journaliste économie à Jeune Afrique, spécialiste pétrole et gaz, télécoms

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